1795
1839
STEHELIN et HUBER
Pionniers de la construction de locomotive à Vapeur en Alsace

Société Industrielle de Mulhouse (SIM) fondée le 24 décembre 1825 et reconnue d'utilité publique en 1832.
Inauguré par S.M. Louis Philippe - Roi des Français
le 22 juin
 

C'est en effet au sein du comité mécanique et du comité commerce de la SIM que les premiers projets ferroviaires ont vu le jour, pour devenir plus tard, suite à des luttes d'influence et d'affrontements entre groupes d'industriels concurrents, des réalisations concrètes. Au début des années 1830, quand par le biais de la monarchie de Juillet, un régime politique plus favorable à l'industrialisation du pays s'instaure en France, le Haut-Rhin et Mulhouse sa capitale industrielle sont non seulement un des cinq pôles industriels de la France du XIXème siècle, mais un des premiers pôles de recherche et d(innovation appliquées à l'industrie de continent en pleine mécanisation. C'est dans ce cadre général que s'inscrivent les deux directions industrielles qui été à la base de la naissance d'abord de la première ligne de chemin de fer Mulhouse-Thann et ensuite et très rapidement du premier réseau ferroviaire régional Bâle-Mulhouse-Strasbourg. Ce n'est pas par hasard si le début de la bataille du rail date de 1831 à Mulhouse quand la SIM envoie à ses frais à Lyon et Annonay une délégation composée d'un jeune industriel Jules-Albert Schlumberger et d'un jeune ingénieur, Emile Koechlin dans le but d'étudier l'atelier de construction de locomotives des frères Séguin à Annonay ( Lire le rapport fait par Albert Schlumberger)

Participation de Stehelin& Huber au démarrage des lignes de Chemin de Fer

Karl Stehelin (1805-1848)

Usine de Bitschwiller

Locomotive Thann

Locomotive Bitschwiller

Pour l'inauguration de
la ligne Mulhouse-Thann
Dimanche le 1/09/1839
Album Engelmann de
10 Chromolithographies
Dessin du graveur
Rudolf Huber

Station de Mulhouse

Pont sur l'Ill

Viaduc sur l'Ill à Dornach

Pont sur la Doller

Viaduc de Lutterbach

Viaduc de Cernay

Station de Cernay

Station de Thann

Station de Thann

Locomotive Napoléon

Thann vue de Leimbach

Mulhouse vue du Mensbendel

Pour le centenaire de la ligne Mulhouse-Thann
1939 Dessin de
E.A. Schefer

Dessin EA Schefer

Panorama du chemin de fer de Strasbourg à Bâle selon la lithographie de MULLER &SIMON

Gare de Bâle en 1860

Gare de Rouffach en 1850

Les concurrents de
STEHELIN & HUBER

Ligne de PARIS à SAINT-GERMAIN:

( Commande 20 locomotives)

Cette ligne de 19 km dont les promoteurs furent les banquiers Emile et Isaac Pereire a été autorisé le 9 juillet 1835 et inaugurée le 24 août 1837 par la Reine et le Duc d'Orléans.

C'est sur cette ligne que fut essayée la première locomotive sortie des ateliers de Stehelin & Huber. Lors des essais en octobre 1838, la locomotive "l'Alsace" était montée par les ingénieurs des chemins de fer et par Charles Stehelin; elle a fait la course jusqu'à Saint-Germain et a ramené à Paris un convoi de voitures. C'était le deuxième essai sur

cette ligne d'une locomotive construite en France. Elle était à 6 roues, dotée de cylindres de 13 pouces de diamètre et se caractérisait par une construction solide sans poids excessif et par l'harmonie de ses

proportions qui faisait honneur à David Lloyd .

Cette locomotive dérivait du type Patentée de Robert Stephenson ; y avait-il eu un accord entre Stehelin et Stephenson (mais les archives de cette maison n'en gardent pas la trace) ou bien David Lloyd s'en est-il simplement inspiré?

La ligne Paris-Saint-Germain a un tronc commun avec la ligne de Versailles; bien que tous les documents sur Stehelin indiquent qu'il exécute une commande de 20 locomotives pour le Paris-Saint-Germain,commande considérable pour l'époque, nous pensons que cette affirmation est erronée .

 

Ligne de PARIS à Versailles (Rive droite):

( Commande 5 locomotives)

Cette ligne de 18 km concédée le 24 mai 1837 à MM. de Rothschild a été ouverte le 2 août 1839; elle est exploitée également par Pereire.

Stehelin & Huber reçoivent une commande de 4 locomotives. Avant son expédition la première machine a été testée à Bitschwiller les 6 et

7 septembre 1838 sur une petite voie ferrée de 100 mètres de longueur construite dans l'enceinte de l'usine. L'essai a bien réussi et les nombreux spectateurs venus y assister "ont pu admirer la facilité avec laquelle la locomotive parcourait son trajet sans le moindre bruit (sic!) et s'était arrêtée sans secousse au moyen d'un simple coup de levier". Cette locomotive à 6 roues, dont 2 motrices, était construite d'après celles en usage en Angleterre et en France avec quelques perfectionnements dus à David Lloyd.

Le 25 octobre 1838, Charles Stehelin a eu l'honneur de conduire lui-même sur l'une de ses locomotives le prince royal, duc d'Orléans, de Paris à Saint-Cloud; il s'agit vraisemblablement de la locomotive "Alsace" essayée quelques jours auparavant sur la ligne Paris-Saint-Germain. Cette ligne était équipée de deux machines de type "Alsace" avec cylindre de 0,316 m de diamètre et une surface de chauffe de 46,21 m2 et de deux machines de type "Alcide" plus puissantes avec cylindre de 0,330 m de diamètre et une surface de chauffe de 52,74 m2; les deux autres locomotives étaient dénommées "Rhin" et "Hirondelle".

On peut penser que c'est l'une des deux machines de type "Alcide" qui est présentée à l'Exposition de l'Industrie Française qui s'ouvre à Paris le 1er mai 1839. Cette locomotive se distinguait des autres par l'agrandissement de l'aire du foyer, de la surface de chauffe et du diamètre des roues motrices; voici les caractéristiques de cette machine du type 1-1-1 :

- 6 roues dont 2 motrices avec un diamètre de 1,82 m.
- cylindre de 0,33 m. de diamètre
- consommation de coke 14 kg/km
- force ....24 cv
- poids.....12 To
-prix........40.000 F

Stehelin & Huber proposent en plus l'essieu de wagon avec sa paire de roues à 650 F. et une grue d'alimentation à 1.500 F.

Au mois d'août de la même année 1839, ils prennent un brevet sur le moyen d'empêcher les fuites dans les machines locomotives et autres appareils à vapeur en posant les tubes dans les fonds des chaudières, de manière à éviter toute variation dans leur position, ainsi que celle des fonds de chaudières.

A la fin de l'Exposition, la médaille d'or accordée à Stehelin & Huber consacre officiellement le succès de cette nouvelle industrie qui se développe en Alsace.

 

Ligne de MULHOUSE à THANN:

( Commande 1 locomotive)

Cette ligne de 20,3 km de long a comme promoteur un industriel de Mulhouse, Nicolas Koechlin & Frères; autorisée le 17 juillet 1837, la ligne est inaugurée le 1er septembre 1839.

Stehelin & Huber reçoivent commande de la locomotive n° IV baptisée "Ville de Thann". Alors que les trois autres locomotives de cette ligne

étaient dérivées du type Patentée à 6 roues dont 2 motrices, la locomotive "Thann" un prototype pour Stehelin & Huber a également 6 roues, mais dont 2 paires de roues motrices jumelées, assurant une

meilleure adhérence sur la rampe de 6,3 °/oo, des 3,2 km entre Cernay et Vieux-Thann (26). Cette machine est semblable à la "Victorieuse" de

Stephenson introduite en France en 1837 pour le Paris-Versailles.

La locomotive "Thann" sera livrée le 1er août 1839, essayée le 6 août de Thann à Mulhouse puis le 11 août avec un wagon chargé, elle remonte en 26 1 /2 minutes. Malheureusement au retour un tube en laiton éclata; Stehelin & Huber déclarent, en guise d'excuse, que les tubes ne sont pas de leur fabrication, mais viennent de Paris!

Le 14 août, la "Thann" descend à Lutterbach en seulement 12 minutes, ce qui donne la vitesse, énorme pour l'époque, de 70 km/h .

Elle avait les caractéristiques suivantes:

- diamètre à la jante des 2 paires de roues motrices 1,372 m

- diamètre du cylindre 0,33 m avec une course de 0,46 m

- le foyer était en cuivre

- les tubes de la chaudière (qui fait 1,05 m de diamètre et une épaisseur de tôle de 10 mm) sont en laiton.

- la surface de chauffe, initialement de 52,63 m2 sera réduite à 47,661 m2 dont 42,939 pour les tubes et 4,722 pour la boîte à feu .

- le timbre était de 5 atmosphères.

 

Lors de l'inauguration de la ligne, le convoi tiré par la locomotive "Thann" transporte les invités de Thann et de Cernay vers Mulhouse à midi et les ramène le soir à 18 h. A partir de 1841 la machine, du fait de ses caractéristiques, est réservée au service marchandise sur les lignes Mulhouse Thann, Saint-Louis et Colmar; elle subit une réparation complète avec changement des roues motrices, du tablier, des plaques de garde, modification du mouvement passant de 2 excentriques à 4, mise en place d'un échappement variable, le tout pour un coût de 6.507,28 francs. La machine sera une fois encore remaniée vers 1847 pour la rendre semblable aux autres locomotives du réseau d'Alsace. Le diamètre des roues est augmenté à 1,510 m, celui du cylindre à 0,38 m et la course à 0,52 m, la surface de chauffe passe à 73,17 m2. La détente est rendue variable au moyen de doubles tiroirs. Le timbre, porté à 6 atmosphères, est autorisé le 17 août 1853.

En décembre de la même année, la locomotive Thann passe aux Chemins de Fer de l'Est, lors de l'absorption par cette compagnie des Chemins de Fer d'Alsace.

 

Ligne de BÂLE à STRASBOURG :

( Commande 2 locomotives)  

Cette ligne de 134 km a le même promoteur que celle de Mulhouse-Thann; elle est autorisée le 6 mars 1838 et est ouverte par tronçons successifs entre le 26 octobre 1840 et le 15 août 1841 avant d'être inaugurée les 19 et 20 septembre 1841. Nicolas Koechlin & Frères commandent à Stehelin & Huber 2 machines classiques soit:

- la n° 8 "Strasbourg" livrée le 11 juin 1839

- la n° 9 "Bitschwiller" livrée le 11 septembre 1839.

Elles avaient les caractéristiques suivantes:

- 6 roues dont 2 motrices avec un diamètre de 1,820 m.

- diamètre des cylindres 0,33 m avec une course de 0,46 m.

- diamètre de la chaudière: 1,05 m avec des tôles de 10 mm.

- le foyer est en cuivre, la surface de chauffe est de 55,63 m2.

- le timbre est de 5 atmosphères.

En 1841 il est décidé de modifier ces deux locomotives pour assurer le service marchandise. Un remaniement complet est exécuté en 1844/47 dans les ateliers des Chemins de Fer d'Alsace. La disposition des roues devient semblable à celle de la locomotive "Thann". Par suite de la modification du type les noms sont changés:

- la n° 8 devient "Hercule"

- la n° 9 devient "Atlas".

Les caractéristiques deviennent:

- 6 roues dont 4 motrices d'un diamètre de 1,510 m.

- cylindres de diamètre de 0,36 m avec course de 0,52 m.

- surfaces de chauffe respectivement 70 et 61,75 m2

- timbre de 6,5 atmosphères autorisé le 20 septembre 1853 (36).

La locomotive "Hercule" modifiée d'après le système Polonceau, pouvait tirer 45 wagons représentant 300 tonnes et une longueur de 240 m. Sur la ligne Baie-Strasbourg, le service marchandise ne fut en effet ouvert qu'en mai 1846, alors que sur Mulhouse-Thann il l'était depuis le 29 mars 1840. En plus des trois locomotives fournies pour les deux lignes alsaciennes, les ateliers de Bitschwiller avaient construit la plus grande partie du matériel fixe de ces lignes.

 

AUTRES LIGNES

Si l'on en croit le rapport Jobard présenté lors de l'Exposition de l'Industrie Française à Paris en 1839, Stehelin & Huber en étaient à leur 16e locomotive, alors que Schneider du Creusot en était à sa 12° et qu'André Koechlin démarrait sa fabrication à Mulhouse. Nous n'avons identifié pour l'époque que 7 locomotives, les 4 de Paris-Versailles, celle de Mulhouse-Thann et les 2 de Strasbourg-Saint-Louis.

Nous ignorons où ont été livrées les 9 autres, d'après le rapport, Stehelin & Huber en auraient livré en Allemagne.

En 1840, la capacité de production était de 24 locomotives par an pour chacun des grands constructeurs, Schneider au Creusot, Stehelin & Huber à Bitschwiller, André Koechlin & Cie à Mulhouse et Cave à Paris; d'autre part le nombre des locomotives françaises en service en France a évolué comme suit:

- 21 en 1838 - 74 en 1840 - 102 en 1842 et 129 en 1843.

La réduction des achats de locomotives en France au profit du matériel anglais est due à la réduction des droits de douane qui passent de 30 à 15 contre laquelle Ch. Stehelin s'était élevé dans une brochure reproduite dans l'Industriel Alsacien des 17 et 24 mai 1840.

 

LIGNE DE PARIS à VERSAILLES (Rive gauche)

(Commande de 1 locomotive)

Cette ligne, concédée le 24 mai 1837 à M. Fould, est ouverte le 10 septembre 1840 au départ de la gare Montparnasse sur une longueur de 17 km. Stehelin & Huber ont dû livrer du matériel car la Compagnie du Chemin de Fer de Paris à Versailles- Rive gauche a été condamnée le 9 juillet 1842 à leur donner hypothèque (elle sera levée le 28 août 1843). Il pourrait s'agir de la locomotive "l'Artésienne" livrée le 12 mars 1842 . Nous trouvons mention d'un dessin d'une machine de cette époque dans une lettre de 1972; elle pourrait être de la même série que les 2 locomotives éprouvées à Bitschwiller le 22 mars 1842 qui étaient encore sans destination et avaient les caractéristiques suivantes:

- type à 2 roues motrices d'un diamètre de 1,62 m.

- diamètre de piston de 0,350 et course de 0,460.

- chaudière: 1,10 m de diamètre et 2,44 m de long.

- dotée de 117 tubes de 0,045 de diamètre donnant une surface de chauffe de 48,1 m2.

- timbre de 5 atmosphères.

Notons qu'en 1842 le découragement des compagnies de chemins de fer françaises s'aggrave, les capitaux sont refusés aux entreprises ayant des

travaux en cours, les actions et obligations de ces compagnies sont dépréciées, et elles-mêmes craignent de se trouver dans l'obligation d'abandonner les travaux commencés.

 

LIGNE DE PARIS A ORLÉANS

(Commande de 6 locomotives)

La concession de cette ligne est obtenue le 7 juillet 1838; son premier tronçon de Paris à Corbeil est achevé le 20 septembre 1840.

En plus de 16 machines anglaises, elle était équipée de 6 machines de Stehelin & Huber soit:

- n° 16 "Aigle" de janvier 1841

- n° 17 "Milan" septembre 1840

- n° 18 "Vautour" septembre 1840

- n° 19 "Chouette" septembre 1840

- n° 20 "Épervier" octobre 1840

- n° 21 "Faucon" décembre 1840

La compagnie d'Orléans avait bien su résister à la crise financière de 1839 qui priva les autres compagnies des fonds nécessaires à l'exécution des

commandes .

 

PROJET DE LIAISON SAINT-LOUIS-BALE

La ligne Strasbourg-Mulhouse vers la Suisse s'arrêtait à la frontière, c'est-à-dire à Saint-Louis. Le 7.5.1840, les Stehelin vont vers le gouvernement

bâlois pour lui démontrer l'intérêt d'assurer la liaison ferroviaire Saint-Louis-BâIe et lui proposer leurs services pour la réaliser. Le conseil se déclare d'accord pour que soit élaboré le projet correspondant et il accorde aux Stehelin une concession provisoire:

elle leur sera retirée quatre mois plus tard, le projet n'ayant pas été soumis, ni la caution de 100.000 francs versée. Les Stehelin s'excusèrent de n'avoir pu tenir le délai prévu en indiquant que Nicolas Koechlin & Cie, au lieu de collaborer avec eux, prétendaient prolonger la ligne à leurs frais; ils regrettent cette décision en tant que "suisses-alsaciens". Ils demandent au conseil de leur verser un dédommagement de 40.000 francs pour les énormes frais qu'ils avaient engagés pour les études préliminaires, les levées topographiques, les plans et les voyages entrepris. Le conseil de Bâale ne leur ayant pas passé de commande, refuse de donner suite à leur requête. La liaison jusqu'à Bâle fut finalement concédée aux Chemins de Fer d'Alsace en 1844 et inaugurée en décembre 1845.

 

CHEMIN DE FER DE MILAN A VENISE

(Commande de 40 locomotives)

Le 5 mars 1843, la société Stehelin & Huber, arrivée à son terme, est dissoute et mise en liquidation par ses promoteurs. Elle est remplacée par une nouvelle société constituée sous seing-privé sous la raison sociale "Charles & Édouard Stehelin". Elle abandonne l'affermage du haut-fourneau de Masevaux et des Forges d'Oberbrûck: l'exploitation de ces deux entreprises sera assurée par Genlot & Cie son directeur, Nicolas Genlot avait dirigé les Mines de la Forge de Willer. Charles et Édouard Stehelin se voient confier le 7 septembre 1843 un important contrat par la Compagnie du Chemin de Fer de Milan à Venise, au moment de la création de cette ligne longue de 130 km et qui devrait être desservie par 40 locomotives . Ce contrat, du type "clé en main" comprend la fourniture, le transport et le montage des postes suivants:

1. Un important atelier d'entretien pour la réparation du matériel, comprenant menuiserie et modelage, fonderie de fer, fonderie de cuivre, forge pour les roues de wagons et de locomotives, forge pour pièces diverses, chaudronnerie de fer, chaudronnerie de cuivre, atelier d'ajustage et de montage, ateliers de tours et de machines-outils pour la somme de 528.000 francs auxquels s'ajoutent 130.000 francs pour l'emballage et le transport. A l'exposition nationale de Paris de 1844, MM. Stehelin présentent la description des ateliers et des machines correspondantes; ils sont mus par une machine à vapeur de 36 CV alimentée par 2 chaudières dont une de réserve pour le prix rendu de 78.000 francs; les transmissions ne pourront être déterminées qu'après accord sur les plans des ateliers et seront fournies à 1,75 franc par kilo.

2. Une série de 10 locomotives à 6 roues avec des cylindres de 0,380 m de diamètre. Ces locomotives sont destinées à la partie lombarde; la partie

vénitienne sera desservie par des machines de construction anglaise et autrichienne: un arrangement avait été pris entre les ingénieurs constructeurs, MM. Stehelin & Huber et la maison J.J. Meyer & Cie selon l'Industriel Alsacien du 15 octobre 1843. Chaque locomotive est facturée 51.000 francs et les 6 tenders de 4.000 litres le sont à 10.000 francs. MM. Stehelin garantissent une consommation maximale de 7 kg de coke/km par locomotive tirant à 32 km/h un train de 6 ou 7 wagons occupés par 200 voyageurs. Cinq de ces locomotives sont livrables en juin 1844 et les cinq autres en juillet de la même année.

3. Le matériel annexe comprenant

o un train de roues de rechange de locomotive avec leurs 3 essieux à 12.500F

o 200 roues de wagon avec essieu à 1,5 F/kg

o 24 plaques tournantes à 1,2 F/kg

o 2 grues hydrauliques à 1,75 F/kg

Le montage et la mise en route devaient être assurées par 81 personnes détachées à Milan pour 2 ans ; ce personnel comprenait un ingénieur-directeur, un sous-ingénieur, 5 cadres, un chef mécanicien pour le mouvement et 10 machinistes, et le mécanicien pour la machine à vapeur (ils étaient facturés au mois de 900 à 200 francs), puis 9 chefs ouvriers facturés par jour de 12 heures de 7 à 15 francs et enfin 54 ouvriers facturés de 5 à 8 francs. L'ensemble de la partie forfaitaire s'élève à 1.306.000 francs payables par tiers de 435.337.33 francs respectivement à la commande contre caution, à la livraison et à l'arrivée.

Nous savons que MM. Stehelin envoient immédiatement de Bitschwiller à Milan l'ingénieur- mécanicien Adolphe Bouffier, puis au milieu de 1844 un autre ingénieur, Henri-Théodore Steinmetz et 9 mécaniciens. Il est vraisemblable que le reste du personnel prévu a été recruté sur place à moindre coût.

Pour ce qui est des locomotives, une note du rapport du jury central sur l'Exposition de 1844 indique que J.-J. Meyer a réparé et pourvu de nouveaux perfectionnements six anciennes machines de Stehelin & Huber destinées aux chemins de fer de Milan". S'agit-il de 6 des 10 machines commandées ou bien d'une commande supplémentaire? Ces machines ont disparu vers 1857.

Le 9 janvier 1845, MM. Stehelin mobilisent auprès de la maison de banque bâloise Emanuel Laroche la créance de 450.000 francs qu'ils détiennent encore sur cette commande et qui était payable le 31 mars.

 

VERS LA FIN DE L'ACTIVITÉ FERROVIAIRE

MM. Stehelin abandonnent alors la construction des locomotives car ils sont dépassés par le progrès technique et ne disposent toujours pas d'un raccordement à la voie ferrée qui se termine à Thann, distante de 3 km ; ils conservent cependant la fabrication de matériel accessoire pour les chemins de fer. Dès fin 1843, ils convertissent une partie des ateliers de constructions en fabrique d'étoffés feutrées de toute espèce. L'effectif de l'entreprise qui avait été à Bitschwiller de 300 personnes, auxquelles s'ajoutaient les 34 du haut-fourneau de Masevaux et les 14 des forges d'Oberbruck, tombe à 150, en partie compensée par le personnel de la fabrique de draps feutrés (occupant 51 personnes dont 23 hommes, 24 femmes et 4 enfants, sans compter 150 détenus de la prison centrale).

Par ailleurs, MM. Stehelin développent la construction des roues pour wagons et des machines pour les réaliser, et cela sur une grande échelle.

Le 4 août 1847, ils prennent un brevet, valable pour 15 ans, pour un système de roues pour voitures et machines "allant au chemin de fer". Un certificat d'addition à ce brevet leur est accordé le 4 mars 1850.

Le 6 avril 1849 un autre brevet est pris pour la fabrication de roues à l'usage du chemin de fer avec un certificat d'addition le 25 novembre 1849

Aussi, à l'exposition nationale de 1849, montrent-ils des roues de wagon dont les bandages sont calés sur les faux-cercles au moyen de cales en bois et fer de leur invention. Les roues sont en fer trempé et acier.

MM. Stehelin arrivent à fabriquer par jour jusqu'à 7 paires de roues montées sur essieux.

On voit aussi à cette exposition: un grand tour pour roues de locomotives avec une nouvelle assiette donnée au porte-outils ainsi qu'une presse à caler et décaler les roues de locomotives et de wagon sur un bâti en fonte qui relie la presse hydraulique à la butée de l'essieu.

Au cours de l'année 1848 décèdent Charles Stehelin ainsi qu'Henri Huber. Pour des questions de succession, la société est mise en liquidation le

12 mai 1849. L'ensemble est adjugé par le tribunal de Belfort le 13 décembre 1849 pour la somme de 496.335 francs à Édouard Stehelin et apporté par lui le 12 avril 1850 à la Société en commandite Stehelin & Cie fondée le 1er janvier 1850 au capital de 350.000 francs.

Comme pour les compenser de leur échec à Bâle en1840, Stehelin & Cie se voient confier en 1854 la fourniture des roues des premiers wagons des chemins de fer centraux de Suisse .

La société se spécialise dorénavant dans la fabrication de matériel textile, de chaudières et de machines à vapeur; elle occupe en 1860 plus de 800 ouvriers.

Après 1870, on trouve encore le nom de Stehelin & Cie en association avec Farcot de Saint-Denis pour la fabrication de tenders; elle paraît avoir eu une clientèle étendue dans les compagnies de chemin de fer.

En 1872, Stehelin & Cie devient la Société des Ateliers de Constructions de Bitschwiller, gérée par Martinot-Peters et Victor Peters. Elle acquiert en aval l'ancienne Filature et Tissage Bouché Fils qui avait été incendiée en 1863 et y installe un atelier de construction de wagons qui seront livrés pendant plusieurs années aux compagnies de chemin de fer.

 

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Bibliographie

2003 - Janvier

Souvenirs de Colette Scheidé - Histoire des parents

2003

A la SIM le livre sur le cinquantenaire de la ligne Mulhouse Thann

1989

Mulhouse et la conquête du rail - 1839-1889 - Bulletin SIM

1989

Article de Ivan et André Kemmerlen sur les pionniers de la locomotive en Alsace

1903 - Décembre

Épitaphes des familles Stehelin du Dr Félix Stahelin

1830

Acte de société n° 264 du 14/12/1830 devant M. Martin Notaire à Thann

1819

Baslerisches Burger-Buch von M. Lutz

1879

Basler Chroniken Bd I-VIII. Leipzig 1872-1945

1762

Schweizerisches Lexikon Zurich 1762 - S 481 - de Leu

1520

Basler Burger

1475

Rulingen geschrieben bei Knenel

1532

Basler Akten encore des Stehelli et Stehelin jusqu'en 1286
Le chroniqueur : Muller Daniel (Collection privé mise à jour le 10 février 2003)

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