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GENEALOGIE

PREEMINENCE DES ALSACIENS

DANS LE GOUVERNEMENT DES ETATS MEROVINGIEN, CAROLINGIEN ET CAPETIEN AVANT L'AN MILLE

C.D.H.F. ..(68)....GUEBWILLER
C.G. ..(CH).....DELEMONT
Conférence publique à Rosheim, le 12 juin 1997 par Guy PERNY
Membre de la Société de l'Histoire de France et Ancien Chancelier de l'Académie d'Alsace
Tout le passé, le présent, et même l'avenir de l'Alsace sont inscrits dans son histoire. Celle-ci procède en effet d'un déterminisme géopolitique qui est toujours d'actualité.
Que serait l'Europe si Strasbourg n'avait pas été ?
Au cours de ce mémoire, nous examinerons dans ses grandes lignes la part prise par les Alsaciens dans les gouvernements du moyen âge européen. A cette fin, nous avons conjugué des données relatives aux dates, aux faits et surtout à l'identification de quelques personnalités émergentes d'origine alsacienne ou liée, d'une manière ou d'une autre, à notre province. Nous commencerons par ouvrir une enquête sur l'origine de nos ancêtres directs, les Gaulois. On sait déjà, avec une certitude absolue, ils étaient des celtes. Mais, si tous les Celtes de l'époque de Jules César était des gaulois, la réciproque n'est pas vraie.
Alors, qui sont-ils ces alsaciens ? D'où venait-il, ces Celtes ?
Les sciences humaines nous renseignent avec précision sur ce point. C'est en effet de la confrontation de nombreuses preuves d'ordre archéologique toponymique et linguistique qu'on a pu leur assigner une origine indo-européenne.
On sait même qu'ils s'étaient introduits en Europe à partir des mers du Nord et de la baltique, voici quelque 3000 ans.
De là ils s'infiltrèrent au cours des siècles, en Allemagne, en Suisse, en France, en Espagne et en Italie, en empruntant de préférence les vallées du Rhin et du Danube.
C'est localisation géographique ont été faites par les spécialistes de la toponymie, à partir des noms de montagne et de cours d'eau, dans la généralité des cas.
C'est ainsi qu'on a pu repérer un nombre important de sites celtiques répartit dans le sud-ouest de l'Allemagne ainsi qu'en Alsace, (dans la région de Mussig par exemple) tout comme à Strasbourg.
Les Celtes de -1500 à -51
A cette époque nous étions des
Alsaciens Celtes
Une chose est certaine : au temps de César et de Cicéron, entre les années 58 et 51 avant notre ère, la Gaule était le centre d'une puissance celtique dont les marches orientales étaient tenus par la tribu des Médriomatriques, c'est-à-dire des mosellans et des alsaciens. Leur capital était Metz et leur territoire s'étendait jusqu'au rhin. Ils occupaient Brumath et sa région, avec leurs alliés, les triboques.
 
Au sud de l'Alsace et vivaient les Séquanes et les Rauraques. Ce sont eux qui prêtèrent main-forte au général Suève Arioviste lorsque celui-ci lutta contre César en Haut-Alsace, en l'an 58 avant J.C.. On trouvait sans doute aussi des alsaciens parmi les 6000 Médriomatriques qui formaient l'armée de Vercingétorix lorsque celui-ci fut battu par César en 52 avant J.C. , à Alise Sainte-Reine , en Côte d'Or.À l'issue de cette bataille, l'Alsace fut annexée par Rome. Nous étions devenus des alsaciens romains c'est-à-dire des gallo-romains.
Les Gallo-Romains
de -52 à 411
La mort de Vercingétorix en - 46 à l'âge de vingt-six ans, et celle de César en - 44 à l'âge de cinquante-sept ans, marqueront le terme d'une civilisation essentiellement dominée par le paganisme et le règne absolu de la loi du plus fort.
La naissance de Jésus-Christ en l'an - 4 de notre ère, sa vie, puis son supplice vers l'an 28, donnant le signal de départ pour changement radical des mots de pensée alors en usage. Une nouvelle civilisation venait de naître.
Puis les années passèrent, périodiquement troublées par des pratiques agressives qui ne voulaient pas cesser d'être. C'est ainsi qu'en l'an 43 les guerres reprennent avec l'invasion de la Bretagne par les Romains.
En l'an 70, soit trois décennies plus tard, on assistera même à la destruction de Jérusalem par l'empereur Titus (de la première maison Flavienne) suivie de la diaspora juive et la destruction totale de Strasbourg. On avait oublié les enseignements du Sermon sur la Montagne. Encore deux siècles et ce sera la terrible invasion de germanique de l'Italie, de la Gaule et de l'Alsace en 275 / 276 ; parmi ces envahisseurs ont comptait surtout les allamans et les francs nos ancêtres !
L'avènement de Dioclétien en 284 n'apportera pas davantage la paix à l'empire, et si l'histoire lui reconnaît des compétences comme stratège politique et militaire, il laissera à la postérité le souvenir d'un persécuteur féroce du christianisme naissant.
Après sa démission, il sera remplacé en 305, par le césar Constance Chlore, le mari éphémère de Sainte-Hélène. De cette union n'acquît l'illustre empereur Constantin le Grand qui laissera des traces de son règne, ici même, en Alsace, en particulier des monnaies que l'on a trouvées à la Franckenbourg et au palais de Kirschheim, ainsi qu'une borne militaire à Strasbourg 306 / 307.
Cet empereur est connu pour la lutte qu'il mena en permanence contre la décadence morale des romains et par l'édit, dit de Milan, qu'il avait pris en 313 pour libéraliser la religion chrétienne. À cette occasion, il ordonne aussi la restitution aux évêques des biens qui leur avaient été confisqués auparavant. L'église de Rome lui doit la conclusion du Concile de Nicée où fut condamné l'arianisme et proclamé le "credo" 325.
De cette époque, datent aussi les premiers évêques de Strasbourg. Quant à la mère de Constantin, la future sainte Hélène, l'histoire nous apprend qu'elle était une dame trévire fort honoré de son vivant. Elle avait visité Jérusalem où elle fit construire l'église de la Résurrection pour abriter le saint Sépulcre. L'empereur, son fils, l'élèvera un an plus tard à la dignité d'impératrice auguste.
Le fils qui couronne sa mère ! Vers la fin de sa vie ( 330 ) elle fera encore édifier une basilique à Trêves, l'ancienne capitale de son conjoint, Contance Chlore, dont elle était séparée pour des raisons à la fois religieuses et politiques. Une vingtaine d'années plus tard, en 357, c'est son petit-fils par alliance, le césar Julien, dit l'Apostat, qui viendra en Alsace, afin d'en chasser les allamans, persécuteur de la province depuis cinq ans.
Mais revenons à Constantin le Grand. Dès le début de son règne, il avait décidé de réorganiser l'administration de l'empire. C'est dans ce cadre qu'il fit réformer l'institution, devenue archaïque, des légats impériaux. On appelait ainsi les hauts fonctionnaires que Rome avait l'habitude d'envoyer dans les provinces pour contrôler les gouverneurs. L'Histoire d'Alsace a retenu le nom de ces commissaires sénatoriaux. C'est le légat de la 8e légion romaine stationnée à Strasbourg sous l'empereur Hadrien entre 130 et 138. Il s'appelait Oppius Severus et sa résidence de campagne se trouvait à Marlenheim-Kirchheim.
De ces commissaires sénatoriaux Constantin fera des comtes-légats en leur conférant des attributions nouvelles, analogues à celles de nos préfets actuels, avec en plus, des prérogatives d'ordre militaire.Deux siècles plus tard, entre 409 et 412, le palais de Kirschheim sera restauré, en même temps que la basilique primitive Saint-Étienne de Strasbourg, par le comte-légat de ce temps, c'est-à-dire le gouverneur militaire de la mouvance de Strasbourg.
Ces événements prouvent que Marlenheim-Kirchheim était bien une résidence domaniale. Les rois mérovingiens et carolingiens y séjourneront pendant des siècles à tour de rôle. Nul doute que le destin de l'Europe dût s'y jouer fréquemment : on en a même des preuves tangibles comme nous le verrons tout à l'heure.
Après la mort de Julien l'Apostat en 363 et l'extinction de la maison de Constantin le Grand, c'est la seconde maison Flavienne qui prendra le pouvoir.
Son représentant le plus connu et l'empereur Théodose le Grand qui, peu avant sa mort, avait partagé le gigantesque empire romain entre ses deux fils : Honorius et Arcadius. Le premier hérita de la partie occidentale
Avec Milan, le second de la partie orientale avec Byzance, sur le site de laquelle Constantin le Grand avait fait construire l'actuelle Constantinople, en 324.
Ces deux empereurs avaient aussi une sœur du nom de Galla Placidia. C'est elle qui permet de faire la liaison entre les Alsaciens romains et les Alsaciens francs de Clovis 1er, grâce à son mariage avec le roi des Wisigoths Athaulf.
Dans le cadre de cet exposé on s'abstiendra de commenter les nombreuses guerres et misères que notre province eut à supporter du fait des invasions barbares auxquelles participèrent : les Allains, les Suèves, les Alamans, les Francs, les Burgondes et les Saxons, les Vandales et les Huns, ceci pendant soixante-dix ans, sans arrêt, à partir de l'an 406, jusqu'à la fin officielle de l'empire romain d'occident en 476.
Les FRANCS
de 428 à 584

Nous étions devenus des alsaciens francs austrasiens.

Cette date coïncide justement avec celle de la naissance de la burgonde Clotilde, la future épouse de Clovis 1er (481-511), roi des Francs et premier roi catholique d'Europe, fils de Childéric 1er (463-481).
A priori on peut se poser la question de savoir si Clovis n'aurait pas été un peu alsaciens !
C'est "oui", si l'on admet qu'un souverain possède la nationalité de ses sujets. C'est "non" si l'on estime que son règne n'est que temporaire.
La réponse à la question posée doit être nuancée, puisqu'elle s'insère directement dans l'histoire post-romaine de l'Alsace. En effet !
Car à cette époque Clovis 1er était déjà marié, en premières noces et à la mode franque, à une princesse des Francs Ripuaires de la région septentrionale de Wissembourg dont il avait eu un fils, Thierry 1er. Ce prince sera le tout premier roi d'Austrasie, et par conséquent, d'Alsace entre 511 et 534. Les chancelleries le considéraient d'ailleurs comme un enfant légitime. Vu sous cet angle, Thierry 1er peut être considéré un peu comme alsacien, dans la mesure où les populations de la Mosellane, du Palatinat, de l'Ortenau et du Brisgau le sont en partie.
Nous étions devenus des alsaciens francs austrasiens.
Les BURGONDES
de 584 à 613

Nous étions alors des alsaciens burgondes.

Au roi Thierry 1er succéda entre 534 et 548, son fils Théodebert 1er, auquel les historiens reconnaissent des qualités de grand chef d'État. Il avait épousé en secondes noces Wisigardis, la fille du roi des Lombards Wacho dont le quartier général se trouvait à l'époque dans la région de Pirmasens.
La reine Wisigardis avait aussi une sœur de nom Waltrade qui resta au pays en se remariant, sur le tard, avec Clotaire 1er, le fils de Clovis 1er et de Clotilde.
Auparavant le roi Clotaire 1er avait été marié avec cinq autres femmes dont nous ne citerons que les deux premières, qui furent deux sœurs : Ingonde, mère de Sigebert 1er, l'époux de Brunehaut, et Aregonde, dont naquit Chilpéric 1er, l'époux de Frédégonde : leur histoire est bien connue.
Tous ces personnages fréquentèrent la Cour de Marlenheim-Kirchheim, en particulier lorsque l'Alsace avait été rachetée à la Burgondie entre 584 et 613.
Nous étions alors des alsaciens burgondes.
Le roi Chilpéric 1er (523-584) était le bisaïeul paternel de la mère de sainte Odile, Bereswinde, qui nous intéresse maintenant. Une polémique pseudo-moderniste est apparue à ce sujet, voici quelques années : on prétend même que Sainte Odile, sa fille, n'avaient jamais existé.
Nous considérons cette controverse comme inutile.
Même si Bereswinde devait être une enfant naturelle de l'un ou de l'autre de ses parents, on sait que le roi Sigebert III l'avait traitée comme son enfant légitime lorsqu'il en eut la possibilité matérielle. Il sera d'ailleurs canonisé par la suite.
La chronique d'Ebersmunster ne dit pas le contraire. Ce document, écrit au XIIème siècle sur la base des données fournies par la Vita de Sainte Odile, est fort heureusement confirmé par un vidimus conservé à la bibliothèque nationale de Paris.
Ce texte hagiographique indique de manière claire que vers les années 680 le roi Childéric II (650-675) était un "affin"du duc d'Alsace Adalric. Cette affinité ne peut exister que si Bereswinde est effectivement la fille du roi Sigebert III (631-656).
Les MEROVINGIENS
de 613 à 752

 
On peut souligner à ce propos que sa sœur Blithilde avait épousé son demi-cousin, Childéric II (650-675), futur roi de tous les Francs, et l'un des derniers souverains mérovingiens.
Ce rappel en mémoire nous invite à rechercher, toujours parmi les ascendants d'Odile, d'autres personnages touchant à l'histoire de l'Alsace. A cet effet on peut consulter les listes généalogiques existantes. Elles conduisent facilement à la reine Clotilde et à Sainte Odile grâce à trois voies différentes partant respectivement, l'une du roi des wisigoths Athanaric en 381, la suivante du chef des Suèves Modaharius, la dernière enfin de l'illustre empereur Théodose le Grand.
Ces personnages sont reliés entre-eux par une chaîne du filiativenon-linéaire qui commandera la convergence de ces trois branches en Alsace, deux siècles plus tard. On découvre ainsi que saint Odile était en parenté directe avec des rois, des Suèves et indirecte, avec Théodose le Grand.
Nous passons maintenant aux frères de sainte Odile afin de souligner le rôle politique majeur que leurs descendants avaient joué au cours du IXe siècle. Cette famille est heureusement bien connue grâce aux travaux de notre compatriote Christian Wilsdorf de Colmar, membre de l'Académie d'Alsace.
Ces frères étaient au nombre de quatre : Adalbert I, Adalric II, Hugues I et Bathicon qui seront évoqués dans cet ordre.
Le premier d'entre eux, Adalbert I, succéda à son père dans la fonction ducale. L'Alsace lui est redevable de la création de nombreuses fondations pieuses, entre autres : le monastère de Honau au nord de Strasbourg, l'abbaye de Murbach en Haute Alsace (728), la restauration de l'ancienne basilique Saint-Étienne de Strasbourg et de l'abbaye bénédictine de Wissembourg fondée par Dagobert I, un siècle plutôt.
Il fut enterré à Murbach avec son fils Eberhard.
Adalric II, le deuxième frère, participa également à la fondation de Honau, ce qui montre bien que le Palatinat était rattaché à la Basse-Alsace à cette époque. Celui-ci avait trois fils : Heddo, né d'une mère dont on ne connaît pas le nom, et qui fut évêque de Strasbourg ; il figure sur la liste épiscopale de Strasbourg sous le n° 22.
Vient ensuite Hugues II dont on sait qu'il administrait des biens, simultanément en Haut Alsace et à Wissembourg. Les descendants du troisième fils, Albéric dit Beggo, seront à l'origine de l'une des deux branches alsaciennes de la dynastie carolingienne qui gouverna la France et l'Europe.
Nous en reparlerons plus loin.
Quant aux deux autres frères de sainte Odile, Hugues I et Bathicon, ils vivaient en Haute et en Basse Alsace, où ils firent souche.
Le premier est le cofondateur de Blienschwiller.
Les CAROLINGIENS
de 752 à 987

Le second est l'ancêtre du célèbre Hugues d'Alsace dont nous allons parler maintenant. Celui-ci fut ambassadeur de Charlemagne, conseiller de Louis le Pieux et comte de Tours sous Lothaire 1er. Le chroniqueur dispose d'informations nombreuses à son sujet. On sait par exemple qu'il était propriétaire à Valff, Barr, Niederbronn, Froeschwiller et Preuschdorf et qu'il avait été un grand bienfaiteur de Niedermunster dans le canton de Rosheim.
De son mariage avec Eve naquirent trois filles dont chacune aura un destin prodigieux.
La première, Ermengarde, épousa en 821 à Thionville, l'empereur Lothaire 1er, ce qui faisait d'elle une impératrice d'occident comme le sera plus tard sa compatriote Richarde d'Alsace, l'épouse de l'empereur Charles le Gros.
La seconde, Adélaïde d'Alsace sera l'arrière-grand-mère d'Hugues Capet par son remariage avec Robert le Fort, l'ancêtre de la dynastie capétienne.
La troisième fille enfin aînée, Berthe, s'était unie au célèbre Gérard II de Roussillon, fils de l'étichonide Liuthard dit Elisachar, lui-même petit-fils de Charlemagne et de l'alsacienne Chimiltrude dont nous reparlerons. Aux dires des chroniqueurs, Gérard II était un personnage extraordinaire. On le rencontrait un peu partout dans l'empire carolingien, comme comte de Paris, comte du palais de Metz, duc de Lyon, duc de Vienne, puis comme régent de Provence pendant la minorité de Charles de Provence, le plus jeune fils de l'empereur Lothaire 1er.
L'histoire a gardé de lui, le souvenir d'un administrateur particulièrement expérimenté et intelligent. Nous ne pourrons pas évoquer les trois filles de Lothaire 1er sans parler aussi de leur cousine, Waltrade de Marlenheim, pour l'amour de laquelle son compagnon, le roi Lothaire II, était prêt à sacrifier son royaume, la Lorraine, qui lui venait de son père, l'empereur Lothaire 1er, décédé en 855. Ce couple, plus ou moins légitime, vivait ouvertement au palais de Kirchheim; ils eurent trois enfants : Hugues qui deviendra duc d'Alsace, Gisèle, duchesse des Normands, tandis que Berthe fera son chemin dans la vie en épousant le marquis de Toscane, Adalbert, l'un des plus importants princes d'Italie à la fin du IXe siècle.
Ce personnage était apparenté à l'empereur Lambert III (891-898) un descendant direct des Widonides du Bliesgau, qui fondèrent les abbayes de Mettlach et de Hornbach au palatinat, en liaison avec les Etichonides d'Alsace, un siècle plutôt.
On en a le vertige !
Mais la liste des alsaciens éminents de ce Haut Moyen Age européen ne s'arrête pas là. On peut encore y ajouter une nièce de Gérard II de Roussillon, Ermentrude, l'épouse de ce Charles le Chauve qui commença sa carrière politique en débutant comme duc d'Alsace en 829 pour devenir roi de France en 843 après le traité de Verdun, et pour finir, empereur d'occident en 875.
Ce couple eut dix enfants dont l'aînée, Judith, devint reine d'Angleterre en 856 à l'âge de 13 ans. Nous disons bien "d'Angleterre".
Après ce qui vient d'être dit, on ne peut pas nier "que tout le monde a une grand-mère alsacienne".
Après avoir évoqué le destin des étichonides, ascendants et descendants d'Adalric, il nous reste à examiner celui des carolingiens. On peut le faire en partant de deux épouses alsaciennes de Charlemagne, les seules qui furent vraiment déterminantes dans l'évolution politique de l'Europe du premier millénaire, car elles seules assurèrent la postérité légitime de leur illustre mari.
La première femme de l'empereur s'appelait Chimiltrude. Elle était fille du comte Eberhard II d'Alsace, lui-même descendant du duc Adalric. De cette union naquit entre 767 et 770, une petite Alpaîde qui deviendra comtesse de Paris par son mariage avec Beggo, le petit-fils probable de notre premier duc d'Alsace Carloman I, maire du Palais de 741 à 745.
Il s'agit là du couple primordial de la première branche alsacienne de la dynastie carolingienne.
Au nombre de leurs enfants on compte avec certitude Liuthard dit Elisachar, chancelier de Louis le Pieux, Eberhard que l'on avait chargé d'administrer la communauté juive des Pays Francs, Engeltrude I qui fut mariée en secondes noces avec Odalric II, le fondateur éponyme d'Odratzheim et probablement Theutlinde, l'épouse de Matfrid d'Orléans, le compagnon d'Hugues de Tours et de Lambert II de Nantes. Il nous paraît nécessaire de revenir sur Carloman I, cité plus haut car ce personnage avait régné sur l'Alsace, la Souabe et la Thuringe,
Avec l'aide et sous la tutelle spirituelle de l'abbé Fulrad, qui faisait alors fonction d'archi-chapelain des Francs ; ce prêtre fut l'instigateur du coup d'état de 751 qui mit fin au règne des Mérovingiens en Europe.
Il était alsacien d'adoption en raison de ses forts nombreuses possessions territoriales en Alsace. Cette affirmation est conforme à la position qui est la nôtre sur la question des nationalités régionales. Ce prélat avait aussi des attaches particulières avec l'Alsace à cause de sa mère Ermengarde.
Mais revenons à Charlemagne.
Après le décès de Chimiltrude, l'empereur entra d'abord dans un mariage politique avec une princesse lombarde qu'il renvoya finalement son père au bout d'un an, puisqu'en 771, il était déjà remarié en troisièmes noces avec une autre alsacienne, Hildegarde, la cousine germaine de l'abbé Fulrad dont nous venons de parler.
Cette union fut à l'origine de ce que nous appelons la deuxième branche alsacienne de la dynastie carolingienne ; il n'en existe pas d'autre, car les sept autres femmes de Charlemagne n'eurent aucune descendance significative à l'exception d'un cas hypothétique, mais probable, relatif à l'impératice Richarde d'Alsace, abbesse d'Andlau.
La reine Hildegarde était née en 758, s'était mariée en 771 à l'âge de treize ans, puis, après avoir donné huit enfants en douze ans à son mari, elle quitta ce monde à l'âge de vingt-cinq ans, le 30 avril 783 à Thionville, quelques semaines après la naissance de son dernier enfant.
Sa descendance comptera treize rois et cinq empereurs en l'espacent de trois générations. C'est elle la grand-mère par excellence de l'Europe du Haut Moyen Âge. Mais qui étaient ses parents ?
Son père, le comte Gérard 1er, était propriétaire à Osthofen, Bischheim, Truchtersheim et Berstett, en même temps qu'il administrait un comté outre-Rhin ainsi que le duché de Bavière où Charlemagne l'avait envoyé d'autorité pour remplacer Tassilon, le duc de ce pays destitué par la diète d'Ingelheim en 788.
Sa mère Emme était apparentée en suisse alémanique.
Ses frères étaient au nombre de quatre : Otton, Gérard II, Ménégaud et Odalric.
Le premier d'entre eux possédait Hoenheim qui lui venait de son frère Odalric donc le propre fils, Adalric, cédera ultérieurement tous ses biens alsaciens, avec Barr et probablement Odratzheim, à l'église, en mémoire de son père.
Le second frère d'Hildegarde, Gérard II, était possessionné en Bavière du chef de son père, et surtout dans le pays de Worms où il avait épousé une jeune fille de la maison de Worms-Echternach qui est l'un des berceaux de la dynastie capétienne.
Le troisième frère, Ménégaud, hérita en 791 du patrimoine de Gérard II qu'il ajouta aux biens fonciers qu'il tenait à Obernai, Strasbourg et Handschuheim.
Le quatrième frère enfin, Odalric, semble avoir été le grand homme de la famille. Nous l'avons déjà rencontré à Odratzheim.
En 788, au moment de la destitution de Tassilon de Bavière, il possédait en Alsace des droits sur Balbronn, Barr, Ergersheim, Handschuheim, Obernai, Rosheim, Scharffolsheim, Scharachbergheim, Strasbourg, Truchtersheim et Walbourg.
Cette masse territoriale avait été constituée à partir d'achats et d'héritages provenant des successions de son père, de sa mère Emme, et de son unique sœur, Hildegarde, la reine des Francs "dame de Rosheim et autres lieux", ipso facto.
La localisation géographique des biens territoriaux de ses parents, de ses frères puis de ses neveux montrent bien qu'Hildegarde était alsacienne même si nos voisins du Palatinat peuvent aussi la revendiquer en tant que ressortissants du même Nordgau que nous.
C'est si vrai que sa propre petite-fille Adélaïde, née en 798 d'une lombarde et de Carloman III d'Italie, se réclamait couramment de son origine alsacienne. L'histoire on a pris à, car cinquante années plus tard, le chroniqueur l'appellera encore "Adélaïde d'Alsace".
Par son mariage avec le célèbre Lambert II de Nantes, ami de Matfrid d'Orléans et de Hugues de Tours, elle rentra définitivement dans l'histoire générale du règne de l'empereur Louis le Pieux, son oncle.
Au moment de terminer cet exposé, on croit entendre une voix posant la question de savoir ce que Lambert de Nantes avait de si célèbre.
La réponse est simple. Il descend directement de l'évêque de Trèves, Saint Liévin, l'ancêtre des Lambertiens mosellans, eux-mêmes apparentés aux Etichonides alsacien et ceci nous concerne directement !
Ces personnages laissèrent un tel souvenir de la prospérité que leurs descendants les revendiquèrent encore comme aïeux pendant au moins de 200 ans en faisant alterner régulièrement les noms de Guy et de Lambert, d'une génération à l'autre.
les CAPETIENS en 987
L'Alsace dans le Duché de Haute-Lotharingie - Comté de Bourgogne
Or il se trouve que les derniers d'entre eux, Guy V et Lambert V de Spolète, roi d'Italie puis empereurs, comptaient dans leurs parentèles un certain Albéric, qui fut l'ultime survivant d'une longue série de responsables politiques de l'Europe du moyen âge issu de notre région au VIIe siècle.
Cet homme trouvera le moyen de terminer son existence en devenant, à son tour le premier ancêtres d'une dynastie extraordinaire qui fournira plusieurs princes à Rome et plusieurs papes à l'Eglise autour de l'an 1000.
Saint Léon IX d'Eguisheim leur succédera.
C'était un pape alsacien capétien.
Mille ans plus tard, c'est-à-dire demain, nous deviendrons des alsaciens européens.
Rosheim, le12 juin 1997

 

 

 

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