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C.D.H.F.
..(68).. ..GUEBWILLER
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C.G.
..(CH).. ...DELEMONT
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- Conférence
publique à Rosheim, le 12
juin 1997 par Guy
PERNY
- Membre
de la Société de
l'Histoire de France et Ancien
Chancelier de l'Académie
d'Alsace
|
- Tout
le passé, le présent,
et même l'avenir de l'Alsace
sont inscrits dans son histoire.
Celle-ci procède en effet
d'un déterminisme
géopolitique qui est toujours
d'actualité.
- Que
serait l'Europe si Strasbourg
n'avait pas été ?
- Au
cours de ce mémoire, nous
examinerons dans ses grandes lignes
la part prise par les Alsaciens dans
les gouvernements du moyen âge
européen. A cette fin, nous
avons conjugué des
données relatives aux dates,
aux faits et surtout à
l'identification de quelques
personnalités
émergentes d'origine
alsacienne ou liée, d'une
manière ou d'une autre,
à notre province. Nous
commencerons par ouvrir une
enquête sur l'origine de nos
ancêtres directs, les Gaulois.
On sait déjà, avec une
certitude absolue, ils
étaient des celtes. Mais, si
tous les Celtes de l'époque
de Jules César était
des gaulois, la réciproque
n'est pas vraie.
- Alors,
qui sont-ils ces alsaciens ?
D'où venait-il, ces Celtes ?
- Les
sciences humaines nous renseignent
avec précision sur ce point.
C'est en effet de la confrontation
de nombreuses preuves d'ordre
archéologique toponymique et
linguistique qu'on a pu leur
assigner une origine
indo-européenne.
- On
sait même qu'ils
s'étaient introduits en
Europe à partir des mers du
Nord et de la baltique, voici
quelque 3000 ans.
- De
là ils s'infiltrèrent
au cours des siècles, en
Allemagne, en Suisse, en France, en
Espagne et en Italie, en empruntant
de préférence les
vallées du Rhin et du Danube.
- C'est
localisation géographique ont
été faites par les
spécialistes de la toponymie,
à partir des noms de montagne
et de cours d'eau, dans la
généralité des
cas.
- C'est
ainsi qu'on a pu repérer un
nombre important de sites celtiques
répartit dans le sud-ouest de
l'Allemagne ainsi qu'en Alsace,
(dans la région de Mussig par
exemple) tout comme à
Strasbourg.
|
- Les
Celtes de -1500
à
-51
- A
cette époque nous
étions des
- Alsaciens
Celtes
|
|
- Une
chose est certaine : au temps de
César et de Cicéron,
entre les années 58 et 51
avant notre ère, la Gaule
était le centre d'une
puissance celtique dont les marches
orientales étaient tenus par
la tribu des Médriomatriques,
c'est-à-dire des mosellans et
des alsaciens. Leur capital
était Metz et leur territoire
s'étendait jusqu'au rhin. Ils
occupaient Brumath et sa
région, avec leurs
alliés, les triboques.
-
- Au
sud de l'Alsace et vivaient les
Séquanes et les Rauraques. Ce
sont eux qui prêtèrent
main-forte au général
Suève Arioviste lorsque
celui-ci lutta contre César
en Haut-Alsace, en l'an 58 avant
J.C.. On trouvait sans doute aussi
des alsaciens parmi les 6000
Médriomatriques qui formaient
l'armée de
Vercingétorix lorsque
celui-ci fut battu par César
en 52 avant J.C. , à Alise
Sainte-Reine , en Côte
d'Or.À l'issue de cette
bataille, l'Alsace fut
annexée par Rome. Nous
étions devenus des alsaciens
romains c'est-à-dire des
gallo-romains.
|
- Les
Gallo-Romains
- de
-52 à
411
|
|
- La
mort de Vercingétorix en - 46
à l'âge de vingt-six
ans, et celle de César en -
44 à l'âge de
cinquante-sept ans, marqueront le
terme d'une civilisation
essentiellement dominée par
le paganisme et le règne
absolu de la loi du plus fort.
- La
naissance de Jésus-Christ en
l'an - 4 de notre ère, sa
vie, puis son supplice vers l'an 28,
donnant le signal de départ
pour changement radical des mots de
pensée alors en usage. Une
nouvelle civilisation venait de
naître.
- Puis
les années passèrent,
périodiquement
troublées par des pratiques
agressives qui ne voulaient pas
cesser d'être. C'est ainsi
qu'en l'an 43 les guerres reprennent
avec l'invasion de la Bretagne par
les Romains.
- En
l'an 70, soit trois décennies
plus tard, on assistera même
à la destruction de
Jérusalem par l'empereur
Titus (de la première maison
Flavienne) suivie de la diaspora
juive et la destruction totale de
Strasbourg. On avait oublié
les enseignements du Sermon sur la
Montagne. Encore deux siècles
et ce sera la terrible invasion de
germanique de l'Italie, de la Gaule
et de l'Alsace en 275 / 276 ; parmi
ces envahisseurs ont comptait
surtout les allamans et les francs
nos ancêtres !
- L'avènement
de Dioclétien en 284
n'apportera pas davantage la paix
à l'empire, et si l'histoire
lui reconnaît des
compétences comme
stratège politique et
militaire, il laissera à la
postérité le souvenir
d'un persécuteur
féroce du christianisme
naissant.
- Après
sa démission, il sera
remplacé en 305, par le
césar Constance Chlore, le
mari éphémère
de Sainte-Hélène. De
cette union n'acquît
l'illustre empereur Constantin le
Grand qui laissera des traces de son
règne, ici même, en
Alsace, en particulier des monnaies
que l'on a trouvées à
la Franckenbourg et au palais de
Kirschheim, ainsi qu'une borne
militaire à Strasbourg 306 /
307.
- Cet
empereur est connu pour la lutte
qu'il mena en permanence contre la
décadence morale des romains
et par l'édit, dit de Milan,
qu'il avait pris en 313 pour
libéraliser la religion
chrétienne. À cette
occasion, il ordonne aussi la
restitution aux évêques
des biens qui leur avaient
été confisqués
auparavant. L'église de Rome
lui doit la conclusion du Concile de
Nicée où fut
condamné l'arianisme et
proclamé le "credo"
325.
- De
cette époque, datent aussi
les premiers évêques de
Strasbourg. Quant à la
mère de Constantin, la future
sainte Hélène,
l'histoire nous apprend qu'elle
était une dame trévire
fort honoré de son vivant.
Elle avait visité
Jérusalem où elle fit
construire l'église de la
Résurrection pour abriter le
saint Sépulcre. L'empereur,
son fils, l'élèvera un
an plus tard à la
dignité d'impératrice
auguste.
- Le
fils qui couronne sa mère !
Vers la fin de sa vie ( 330 ) elle
fera encore édifier une
basilique à Trêves,
l'ancienne capitale de son conjoint,
Contance Chlore, dont elle
était séparée
pour des raisons à la fois
religieuses et politiques. Une
vingtaine d'années plus tard,
en 357, c'est son petit-fils par
alliance, le césar Julien,
dit l'Apostat, qui viendra en
Alsace, afin d'en chasser les
allamans, persécuteur de la
province depuis cinq ans.
- Mais
revenons à Constantin le
Grand. Dès le début de
son règne, il avait
décidé de
réorganiser l'administration
de l'empire. C'est dans ce cadre
qu'il fit réformer
l'institution, devenue
archaïque, des légats
impériaux. On appelait ainsi
les hauts fonctionnaires que Rome
avait l'habitude d'envoyer dans les
provinces pour contrôler les
gouverneurs. L'Histoire d'Alsace a
retenu le nom de ces commissaires
sénatoriaux. C'est le
légat de la 8e légion
romaine stationnée à
Strasbourg sous l'empereur Hadrien
entre 130 et 138. Il s'appelait
Oppius Severus et sa
résidence de campagne se
trouvait à
Marlenheim-Kirchheim.
- De
ces commissaires sénatoriaux
Constantin fera des
comtes-légats en leur
conférant des attributions
nouvelles, analogues à celles
de nos préfets actuels, avec
en plus, des prérogatives
d'ordre militaire.Deux
siècles plus tard, entre 409
et 412, le palais de Kirschheim sera
restauré, en même temps
que la basilique primitive
Saint-Étienne de Strasbourg,
par le comte-légat de ce
temps, c'est-à-dire le
gouverneur militaire de la mouvance
de Strasbourg.
- Ces
événements prouvent
que Marlenheim-Kirchheim
était bien une
résidence domaniale. Les rois
mérovingiens et carolingiens
y séjourneront pendant des
siècles à tour de
rôle. Nul doute que le destin
de l'Europe dût s'y jouer
fréquemment : on en a
même des preuves tangibles
comme nous le verrons tout à
l'heure.
- Après
la mort de Julien l'Apostat en 363
et l'extinction de la maison de
Constantin le Grand, c'est la
seconde maison Flavienne qui prendra
le pouvoir.
- Son
représentant le plus connu et
l'empereur Théodose le Grand
qui, peu avant sa mort, avait
partagé le gigantesque empire
romain entre ses deux fils :
Honorius et Arcadius. Le premier
hérita de la partie
occidentale
- Avec
Milan, le second de la partie
orientale avec Byzance, sur le site
de laquelle Constantin le Grand
avait fait construire l'actuelle
Constantinople, en 324.
- Ces
deux empereurs avaient aussi une
sur du nom de Galla Placidia.
C'est elle qui permet de faire la
liaison entre les Alsaciens romains
et les Alsaciens francs de Clovis
1er, grâce à son
mariage avec le roi des Wisigoths
Athaulf.
- Dans
le cadre de cet exposé on
s'abstiendra de commenter les
nombreuses guerres et misères
que notre province eut à
supporter du fait des invasions
barbares auxquelles
participèrent : les Allains,
les Suèves, les Alamans, les
Francs, les Burgondes et les Saxons,
les Vandales et les Huns, ceci
pendant soixante-dix ans, sans
arrêt, à partir de l'an
406, jusqu'à la fin
officielle de l'empire romain
d'occident en 476.
|
- Les
FRANCS
- de
428 à
584
|
Nous
étions devenus des alsaciens
francs austrasiens.
|
- Cette
date coïncide justement avec
celle de la naissance de la burgonde
Clotilde, la future épouse de
Clovis 1er (481-511), roi des Francs
et premier roi catholique d'Europe,
fils de Childéric 1er
(463-481).
- A
priori on peut se poser la question
de savoir si Clovis n'aurait pas
été un peu alsaciens !
- C'est
"oui", si l'on admet qu'un souverain
possède la nationalité
de ses sujets. C'est "non" si l'on
estime que son règne n'est
que temporaire.
- La
réponse à la question
posée doit être
nuancée, puisqu'elle
s'insère directement dans
l'histoire post-romaine de l'Alsace.
En effet !
- Car
à cette époque Clovis
1er était déjà
marié, en premières
noces et à la mode franque,
à une princesse des Francs
Ripuaires de la région
septentrionale de Wissembourg dont
il avait eu un fils, Thierry 1er. Ce
prince sera le tout premier roi
d'Austrasie, et par
conséquent, d'Alsace entre
511 et 534. Les chancelleries le
considéraient d'ailleurs
comme un enfant légitime. Vu
sous cet angle, Thierry 1er peut
être considéré
un peu comme alsacien, dans la
mesure où les populations de
la Mosellane, du Palatinat, de
l'Ortenau et du Brisgau le sont en
partie.
- Nous
étions devenus des alsaciens
francs austrasiens.
|
- Les
BURGONDES
- de
584 à
613
|
Nous
étions alors des alsaciens
burgondes.
|
- Au
roi Thierry 1er succéda entre
534 et 548, son fils
Théodebert 1er, auquel les
historiens reconnaissent des
qualités de grand chef
d'État. Il avait
épousé en secondes
noces Wisigardis, la fille du roi
des Lombards Wacho dont le quartier
général se trouvait
à l'époque dans la
région de
Pirmasens.
- La
reine Wisigardis avait aussi une
sur de nom Waltrade qui resta
au pays en se remariant, sur le
tard, avec Clotaire 1er, le fils de
Clovis 1er et de Clotilde.
- Auparavant
le roi Clotaire 1er avait
été marié avec
cinq autres femmes dont nous ne
citerons que les deux
premières, qui furent deux
surs : Ingonde, mère de
Sigebert 1er, l'époux de
Brunehaut, et Aregonde, dont naquit
Chilpéric 1er, l'époux
de Frédégonde : leur
histoire est bien connue.
- Tous
ces personnages
fréquentèrent la Cour
de Marlenheim-Kirchheim, en
particulier lorsque l'Alsace avait
été rachetée
à la Burgondie entre 584 et
613.
- Nous
étions alors des alsaciens
burgondes.
- Le
roi Chilpéric 1er (523-584)
était le bisaïeul
paternel de la mère de sainte
Odile, Bereswinde, qui nous
intéresse maintenant. Une
polémique pseudo-moderniste
est apparue à ce sujet, voici
quelques années : on
prétend même que Sainte
Odile, sa fille, n'avaient jamais
existé.
- Nous
considérons cette controverse
comme inutile.
- Même
si Bereswinde devait être une
enfant naturelle de l'un ou de
l'autre de ses parents, on sait que
le roi Sigebert III l'avait
traitée comme son enfant
légitime lorsqu'il en eut la
possibilité
matérielle. Il sera
d'ailleurs canonisé par la
suite.
- La
chronique d'Ebersmunster ne dit pas
le contraire. Ce document,
écrit au XIIème
siècle sur la base des
données fournies par la Vita
de Sainte Odile, est fort
heureusement confirmé par un
vidimus conservé à la
bibliothèque nationale de
Paris.
- Ce
texte hagiographique indique de
manière claire que vers les
années 680 le roi
Childéric II (650-675)
était un "affin"du duc
d'Alsace Adalric. Cette
affinité ne peut exister que
si Bereswinde est effectivement la
fille du roi Sigebert III (631-656).
|
- Les
MEROVINGIENS
- de
613 à
752
|
|
-
- On
peut souligner à ce propos
que sa sur Blithilde avait
épousé son
demi-cousin, Childéric II
(650-675), futur roi de tous les
Francs, et l'un des derniers
souverains mérovingiens.
- Ce
rappel en mémoire nous invite
à rechercher, toujours parmi
les ascendants d'Odile, d'autres
personnages touchant à
l'histoire de l'Alsace. A cet effet
on peut consulter les listes
généalogiques
existantes. Elles conduisent
facilement à la reine
Clotilde et à Sainte Odile
grâce à trois voies
différentes partant
respectivement, l'une du roi des
wisigoths Athanaric en 381, la
suivante du chef des Suèves
Modaharius, la dernière enfin
de l'illustre empereur
Théodose le Grand.
- Ces
personnages sont reliés
entre-eux par une chaîne du
filiativenon-linéaire qui
commandera la convergence de ces
trois branches en Alsace, deux
siècles plus tard. On
découvre ainsi que saint
Odile était en parenté
directe avec des rois, des
Suèves et indirecte, avec
Théodose le Grand.
- Nous
passons maintenant aux frères
de sainte Odile afin de souligner le
rôle politique majeur que
leurs descendants avaient
joué au cours du IXe
siècle. Cette famille est
heureusement bien connue grâce
aux travaux de notre compatriote
Christian Wilsdorf de Colmar, membre
de l'Académie d'Alsace.
- Ces
frères étaient au
nombre de quatre : Adalbert I,
Adalric II, Hugues I et Bathicon qui
seront évoqués dans
cet ordre.
- Le
premier d'entre eux, Adalbert I,
succéda à son
père dans la fonction ducale.
L'Alsace lui est redevable de la
création de nombreuses
fondations pieuses, entre autres :
le monastère de Honau au nord
de Strasbourg, l'abbaye de Murbach
en Haute Alsace (728), la
restauration de l'ancienne basilique
Saint-Étienne de Strasbourg
et de l'abbaye
bénédictine de
Wissembourg fondée par
Dagobert I, un siècle
plutôt.
- Il
fut enterré à Murbach
avec son fils Eberhard.
- Adalric
II, le deuxième frère,
participa également à
la fondation de Honau, ce qui montre
bien que le Palatinat était
rattaché à la
Basse-Alsace à cette
époque. Celui-ci avait trois
fils : Heddo, né d'une
mère dont on ne connaît
pas le nom, et qui fut
évêque de Strasbourg ;
il figure sur la liste
épiscopale de Strasbourg sous
le n° 22.
- Vient
ensuite Hugues II dont on sait qu'il
administrait des biens,
simultanément en Haut Alsace
et à Wissembourg. Les
descendants du troisième
fils, Albéric dit Beggo,
seront à l'origine de l'une
des deux branches alsaciennes de la
dynastie carolingienne qui gouverna
la France et l'Europe.
- Nous
en reparlerons plus loin.
- Quant
aux deux autres frères de
sainte Odile, Hugues I et Bathicon,
ils vivaient en Haute et en Basse
Alsace, où ils firent souche.
- Le
premier est le cofondateur de
Blienschwiller.
|
- Les
CAROLINGIENS
- de
752 à
987
|
|
- Le
second est l'ancêtre du
célèbre Hugues
d'Alsace dont nous allons parler
maintenant. Celui-ci fut ambassadeur
de Charlemagne, conseiller de Louis
le Pieux et comte de Tours sous
Lothaire 1er. Le chroniqueur dispose
d'informations nombreuses à
son sujet. On sait par exemple qu'il
était propriétaire
à Valff, Barr, Niederbronn,
Froeschwiller et Preuschdorf et
qu'il avait été un
grand bienfaiteur de Niedermunster
dans le canton de Rosheim.
- De
son mariage avec Eve naquirent trois
filles dont chacune aura un destin
prodigieux.
- La
première, Ermengarde,
épousa en 821 à
Thionville, l'empereur Lothaire 1er,
ce qui faisait d'elle une
impératrice d'occident comme
le sera plus tard sa compatriote
Richarde d'Alsace, l'épouse
de l'empereur Charles le Gros.
- La
seconde, Adélaïde
d'Alsace sera
l'arrière-grand-mère
d'Hugues Capet par son remariage
avec Robert le Fort, l'ancêtre
de la dynastie capétienne.
- La
troisième fille enfin
aînée, Berthe,
s'était unie au
célèbre Gérard
II de Roussillon, fils de
l'étichonide Liuthard dit
Elisachar, lui-même petit-fils
de Charlemagne et de l'alsacienne
Chimiltrude dont nous reparlerons.
Aux dires des chroniqueurs,
Gérard II était un
personnage extraordinaire. On le
rencontrait un peu partout dans
l'empire carolingien, comme comte de
Paris, comte du palais de Metz, duc
de Lyon, duc de Vienne, puis comme
régent de Provence pendant la
minorité de Charles de
Provence, le plus jeune fils de
l'empereur Lothaire 1er.
- L'histoire
a gardé de lui, le souvenir
d'un administrateur
particulièrement
expérimenté et
intelligent. Nous ne pourrons pas
évoquer les trois filles de
Lothaire 1er sans parler aussi de
leur cousine, Waltrade de
Marlenheim, pour l'amour de laquelle
son compagnon, le roi Lothaire II,
était prêt à
sacrifier son royaume, la Lorraine,
qui lui venait de son père,
l'empereur Lothaire 1er,
décédé en 855.
Ce couple, plus ou moins
légitime, vivait ouvertement
au palais de Kirchheim; ils eurent
trois enfants : Hugues qui deviendra
duc d'Alsace, Gisèle,
duchesse des Normands, tandis que
Berthe fera son chemin dans la vie
en épousant le marquis de
Toscane, Adalbert, l'un des plus
importants princes d'Italie à
la fin du IXe
siècle.
- Ce
personnage était
apparenté à l'empereur
Lambert III (891-898) un descendant
direct des Widonides du Bliesgau,
qui fondèrent les abbayes de
Mettlach et de Hornbach au
palatinat, en liaison avec les
Etichonides d'Alsace, un
siècle plutôt.
- On
en a le vertige !
- Mais
la liste des alsaciens
éminents de ce Haut Moyen Age
européen ne s'arrête
pas là. On peut encore y
ajouter une nièce de
Gérard II de Roussillon,
Ermentrude, l'épouse de ce
Charles le Chauve qui
commença sa carrière
politique en débutant comme
duc d'Alsace en 829 pour devenir roi
de France en 843 après le
traité de Verdun, et pour
finir, empereur d'occident en 875.
- Ce
couple eut dix enfants dont
l'aînée, Judith, devint
reine d'Angleterre en 856 à
l'âge de 13 ans. Nous disons
bien "d'Angleterre".
- Après
ce qui vient d'être dit, on ne
peut pas nier "que tout le monde a
une grand-mère alsacienne".
- Après
avoir évoqué le destin
des étichonides, ascendants
et descendants d'Adalric, il nous
reste à examiner celui des
carolingiens. On peut le faire en
partant de deux épouses
alsaciennes de Charlemagne, les
seules qui furent vraiment
déterminantes dans
l'évolution politique de
l'Europe du premier
millénaire, car elles seules
assurèrent la
postérité
légitime de leur illustre
mari.
- La
première femme de l'empereur
s'appelait Chimiltrude. Elle
était fille du comte Eberhard
II d'Alsace, lui-même
descendant du duc Adalric. De cette
union naquit entre 767 et 770, une
petite Alpaîde qui deviendra
comtesse de Paris par son mariage
avec Beggo, le petit-fils probable
de notre premier duc d'Alsace
Carloman I, maire du Palais de 741
à 745.
- Il
s'agit là du couple
primordial de la première
branche alsacienne de la dynastie
carolingienne.
- Au
nombre de leurs enfants on compte
avec certitude Liuthard dit
Elisachar, chancelier de Louis le
Pieux, Eberhard que l'on avait
chargé d'administrer la
communauté juive des Pays
Francs, Engeltrude I qui fut
mariée en secondes noces avec
Odalric II, le fondateur
éponyme d'Odratzheim et
probablement Theutlinde,
l'épouse de Matfrid
d'Orléans, le compagnon
d'Hugues de Tours et de Lambert II
de Nantes. Il nous paraît
nécessaire de revenir sur
Carloman I, cité plus haut
car ce personnage avait
régné sur l'Alsace, la
Souabe et la
Thuringe,
- Avec
l'aide et sous la tutelle
spirituelle de l'abbé Fulrad,
qui faisait alors fonction
d'archi-chapelain des Francs ; ce
prêtre fut l'instigateur du
coup d'état de 751 qui mit
fin au règne des
Mérovingiens en Europe.
- Il
était alsacien d'adoption en
raison de ses forts nombreuses
possessions territoriales en Alsace.
Cette affirmation est conforme
à la position qui est la
nôtre sur la question des
nationalités
régionales. Ce prélat
avait aussi des attaches
particulières avec l'Alsace
à cause de sa mère
Ermengarde.
- Mais
revenons à Charlemagne.
- Après
le décès de
Chimiltrude, l'empereur entra
d'abord dans un mariage politique
avec une princesse lombarde qu'il
renvoya finalement son père
au bout d'un an, puisqu'en 771, il
était déjà
remarié en troisièmes
noces avec une autre alsacienne,
Hildegarde, la cousine germaine de
l'abbé Fulrad dont nous
venons de
parler.
- Cette
union fut à l'origine de ce
que nous appelons la deuxième
branche alsacienne de la dynastie
carolingienne ; il n'en existe pas
d'autre, car les sept autres femmes
de Charlemagne n'eurent aucune
descendance significative à
l'exception d'un cas
hypothétique, mais probable,
relatif à l'impératice
Richarde d'Alsace, abbesse d'Andlau.
- La
reine Hildegarde était
née en 758, s'était
mariée en 771 à
l'âge de treize ans, puis,
après avoir donné huit
enfants en douze ans à son
mari, elle quitta ce monde à
l'âge de vingt-cinq ans, le 30
avril 783 à Thionville,
quelques semaines après la
naissance de son dernier enfant.
- Sa
descendance comptera treize rois et
cinq empereurs en l'espacent de
trois générations.
C'est elle la grand-mère par
excellence de l'Europe du Haut Moyen
Âge. Mais qui étaient
ses parents ?
- Son
père, le comte Gérard
1er, était
propriétaire à
Osthofen, Bischheim, Truchtersheim
et Berstett, en même temps
qu'il administrait un comté
outre-Rhin ainsi que le duché
de Bavière où
Charlemagne l'avait envoyé
d'autorité pour remplacer
Tassilon, le duc de ce pays
destitué par la diète
d'Ingelheim en 788.
- Sa
mère Emme était
apparentée en suisse
alémanique.
- Ses
frères étaient au
nombre de quatre : Otton,
Gérard II,
Ménégaud et
Odalric.
- Le
premier d'entre eux possédait
Hoenheim qui lui venait de son
frère Odalric donc le propre
fils, Adalric, cédera
ultérieurement tous ses biens
alsaciens, avec Barr et probablement
Odratzheim, à
l'église, en mémoire
de son père.
- Le
second frère d'Hildegarde,
Gérard II, était
possessionné en
Bavière du chef de son
père, et surtout dans le pays
de Worms où il avait
épousé une jeune fille
de la maison de Worms-Echternach qui
est l'un des berceaux de la dynastie
capétienne.
- Le
troisième frère,
Ménégaud,
hérita en 791 du patrimoine
de Gérard II qu'il ajouta aux
biens fonciers qu'il tenait à
Obernai, Strasbourg et Handschuheim.
- Le
quatrième frère enfin,
Odalric, semble avoir
été le grand homme de
la famille. Nous l'avons
déjà rencontré
à
Odratzheim.
- En
788, au moment de la destitution de
Tassilon de Bavière, il
possédait en Alsace des
droits sur Balbronn, Barr,
Ergersheim, Handschuheim, Obernai,
Rosheim, Scharffolsheim,
Scharachbergheim, Strasbourg,
Truchtersheim et
Walbourg.
- Cette
masse territoriale avait
été constituée
à partir d'achats et
d'héritages provenant des
successions de son père, de
sa mère Emme, et de son
unique sur, Hildegarde, la
reine des Francs "dame de Rosheim et
autres lieux", ipso facto.
- La
localisation géographique des
biens territoriaux de ses parents,
de ses frères puis de ses
neveux montrent bien qu'Hildegarde
était alsacienne même
si nos voisins du Palatinat peuvent
aussi la revendiquer en tant que
ressortissants du même Nordgau
que nous.
- C'est
si vrai que sa propre petite-fille
Adélaïde, née en
798 d'une lombarde et de Carloman
III d'Italie, se réclamait
couramment de son origine
alsacienne. L'histoire on a pris
à, car cinquante
années plus tard, le
chroniqueur l'appellera encore
"Adélaïde d'Alsace".
- Par
son mariage avec le
célèbre Lambert II de
Nantes, ami de Matfrid
d'Orléans et de Hugues de
Tours, elle rentra
définitivement dans
l'histoire générale du
règne de l'empereur Louis le
Pieux, son oncle.
- Au
moment de terminer cet
exposé, on croit entendre une
voix posant la question de savoir ce
que Lambert de Nantes avait de si
célèbre.
- La
réponse est simple. Il
descend directement de
l'évêque de
Trèves, Saint Liévin,
l'ancêtre des Lambertiens
mosellans, eux-mêmes
apparentés aux Etichonides
alsacien et ceci nous concerne
directement !
- Ces
personnages laissèrent un tel
souvenir de la
prospérité que leurs
descendants les
revendiquèrent encore comme
aïeux pendant au moins de 200
ans en faisant alterner
régulièrement les noms
de Guy et de Lambert, d'une
génération à
l'autre.
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- les
CAPETIENS en
987
- L'Alsace
dans le Duché de
Haute-Lotharingie - Comté de
Bourgogne
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- Or
il se trouve que les derniers
d'entre eux, Guy V et Lambert V de
Spolète, roi d'Italie puis
empereurs, comptaient dans leurs
parentèles un certain
Albéric, qui fut l'ultime
survivant d'une longue série
de responsables politiques de
l'Europe du moyen âge issu de
notre région au VIIe
siècle.
- Cet
homme trouvera le moyen de terminer
son existence en devenant, à
son tour le premier ancêtres
d'une dynastie extraordinaire qui
fournira plusieurs princes à
Rome et plusieurs papes à
l'Eglise autour de l'an 1000.
- Saint
Léon IX d'Eguisheim leur
succédera.
- C'était
un pape alsacien capétien.
- Mille
ans plus tard, c'est-à-dire
demain, nous deviendrons des
alsaciens
européens.
- Rosheim,
le12 juin 1997
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